LES ALEAS DECISIONNELS DE LA NAISSANCE

par le Dr Catherine LEFEVRE (DMV, ECAR dipl.)

 

 

Faire porter sa chienne n’est pas toujours aussi simple et cela implique de prendre ses responsabilités au sujet de la santé de la chienne ainsi que des décisions à prendre lors de l’accouchement. Une naissance peut se dérouler tout à fait normalement sans aucun problème ou prendre une toute autre tournure et l’appel du vétérinaire peut devenir nécessaire.

Selon les circonstances dues soit au fœtus, soit à la mère ou encore aux deux, différentes décisions et actions sont à appliquer :

S’il s’agit uniquement du fœtus qui se présente mal, quelques manipulations pour corriger son positionnement  peuvent parfois suffire à résoudre la situation bloquée. De même, un trajet en voiture pour se rendre au cabinet vétérinaire peut résoudre un problème simple, et la naissance peut même avoir lieu en chemin dans le véhicule.

Si cela ne suffit pas, par exemple s’il y a obstruction parce qu’il existe une disproportion fœto-maternelle comme c’est le cas lorsqu’un fœtus est trop volumineux dans des  très petites portées (un ou deux chiots), ou s’il y a une malformation, ou encore parce que l’utérus avec une portée trop volumineuse est distendu et donc n’effectue pas correctement ses contractions, le temps entre deux naissance est prolongé (normalement le fœtus suivant arrive entre 10-15 minutes et 1 heure, 3 heures s’il y a eu repos). C’est ce qu’on appelle l’inertie utérine primaire, l’aide médicamenteuse peut parfois donner le coup de pouce qui va permettre d’accélérer l’expulsion fœtale.

Si cela ne fonctionne pas, une décision chirurgicale doit être prise rapidement : s’il s’agit d’un blocage vulvaire et que le canal pelvien est suffisant : ce sera une épisiotomie, si le problème est plus en amont, au niveau de l’entrée du canal pelvien ou au niveau utérin, ce sera une césarienne pour limiter un trop grand épuisement chez la mère, et la perte de fœtus par souffrance fœtale (hypoxie, compression) et, ou le risque de décollement placentaire trop précoce.

La césarienne peut avoir été décidée bien avant le début de la naissance, on peut l’avoir  programmée pour diverses raisons : parce que la portée détectée est trop importante et que les risques encourus de pertes de fœtus ou de fatigue de la mère sont trop importants, parce qu’il existe une disproportion foeto-maternelle raciale (brachycéphales) ou d’un trop petit nombre de foetus. Un ou deux chiots seront plus gros que lors d’une grosse portée (le volume par chiot sera plus important et le passage du canal de naissance peut être alors trop juste ou insuffisant), de plus l’induction de l’accouchement sera moins active. Donc, la décision chirurgicale en fonction des risques encourus en cas de portée trop importante ou trop peu nombreuse sera quasiment la même. Lors d’une très grosse portée, le risque de pertes de chiots est augmenté, de même qu’une fatigue extrême de la maman due à un accouchement prolongé.

Cette décision doit tenir compte de la balance des risques entre la « non intervention » et la « chirurgie », le risque de pertes maternelle et/ou fœtales. La décision n’est jamais prise à la légère, un accouchement est une épreuve de la vie où tout peut se produire.

Le « timing » d’intervention se situe au moment où le travail commence par exemple : lors de la perte des eaux, ou lorsque le taux de progestéronémie est inférieur à 2ng/ml, ou encore après 60 jours de gestation si l’on connaît le moment de fertilisation par un suivi hormonal des chaleurs. Ainsi, les foeti seront suffisamment viables et mâtures pour évoluer et se développer tout à fait normalement.

Actuellement, les anesthésies dites balancées, avec oxygénation et l’utilisation d’un anesthésique gazeux minimisent au maximum les risques. La chienne en fin de gestation est très souvent  un peu anémique, l’apport d’oxygène est donc intéressant lors d’une intervention à ce stade.  Le réveil est également très rapide dès l’arrêt de l’anesthésie, la chienne recouvre ses esprits et peut allaiter,  voir s’occuper pleinement de ses petits dans les heures qui suivent.

Une surveillance et un apport de lait maternisé sont parfois nécessaires, une césarienne interfère sur le métabolisme et, comme pour toute chirurgie, une phase de catabolisme suit pendant 24 à 48 heures. Mais, dans le cas d’une mère allaitante, on observe une répercussion sur la lactation, la montée de lait est donc, en général, décalée de ces 24-48heures de récupération de l’organisme.

L’instinct maternel existe comme lors d’un accouchement naturel, sinon que la chienne doit gérer l’arrivée brutale de tous ses chiots plutôt que progressive pendant des heures, l’accompagnement de l’éleveur est très utile pour la soutenir au début.

Lors de césariennes successives, on peut se poser la question mais pourquoi et combien de fois peut-on encore intervenir ? à l’ouverture, on constate immédiatement s’il y a des séquelles de l’opération précédente : des filaments visibles sur les bords de l’utérus et qui se lient à d’autres organes ou sur le mésentère forment des adhérences.  En fonction de la présence plus ou moins importante ou inexistante de ce phénomène, on choisira ou non de répéter une gestation.  Il est évident que s’il n’y a pas ou peu d’adhérences l’avis sera plus favorable. Et si en plus, la chienne ne montre aucun signe de fatigue ou de vieillissement, aucun argument ne pourrait s’opposer à ce qu’elle puisse à nouveau faire une portée. Les chiennes brachycéphales, où la césarienne fait partie de l’organisation de l’élevage de ces races, peuvent supporter sans problèmes deux, trois voire quatre césariennes si les conditions le permettent, rarement au-delà.

La remise en forme après l’accouchement dépend plus de l’état d’épuisement ou de fatigue pendant le déroulement de la naissance et de l’intensité de la lactation (en durée et en nombre de chiots nourris). Certaines petites astuces permettent de ne laisser à la chienne qu’un nombre limité de chiots : par exemple sur une portée de 16 chiots, elle peut ne s’occuper toujours que de 8 chiots. On alterne deux groupes de 8 toutes les deux heures, ce qui donne la possibilité à tous les chiots d’être en contact intime avec leur mère sans l’épuiser, l’éleveur s’occupant du groupe isolé en alternance. Lors d’une césarienne programmée, la chienne n’est pas encore ou depuis peu en travail, ce qui lui permet de récupérer plus rapidement de l’intervention que si on doit intervenir en plein milieu d’un accouchement pénible où elle est épuisée.

Les chiots nés par césarienne ne sont pas anormalement sur ou sous développés, la maman récupère aussi bien que lors d’un accouchement, elle peut donc, si elle est en pleine forme, avoir de nouveau  une portée après environ un an de repos sans plus de risques qu’une autre.

 

Un grand MERCI au Docteur LEFEVRE (ma vétérinaire) pour avoir eu la gentillesse d'écrire cet article sur ce sujet un peu méconnu du public et qui revêt une grande importance en matière de reproduction

(photos prises au cabinet du Dr Catherine  LEFEVRE lors de la césarienne de C.Bee le 10 Juillet 2010

entourée de tous les soins appropriés et de l'appareillage moderne  nécessaire)

Le Docteur LEFEVRE a toute ma confiance de par son grand professionnalisme,

ses  qualités d'écoute et de conseil.

 

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